Décembre 2020 – De la poésie pour terminer l’année

Comme vous l’aurez peut-être constaté, j’ai pris une pause de quelques mois sur ce blog. Depuis cet été, j’ai aussi mis de la distance avec les réseaux sociaux, dont les algorithmes et la politique de censure ne me satisfont pas – pour rester polie. Je publie tout de même encore sur Instagram, plateforme difficilement contournable en tant qu’artiste, mais j’ai voulu créer par ailleurs un nouvel espace à moi, afin d’y publier des galeries photos que j’accompagne de petits textes. Je vous invite à découvrir Le Monde de Lulu Wite si vous ne connaissez pas encore, et à vous y abonner si vous souhaitez être tenu.e au courant des nouveautés. Mais là n’est pas le sujet de cet article. Ce préambule pour vous dire que j’investis à bon escient tout le temps que je ne passe plus à scroller comme une bobette hypnotisée sur les réseaux sociaux.

Entre autres belles choses que j’aime faire dans la vie, je lis beaucoup. Ainsi, je souhaite partager avec vous mes cinq romans préférés parmi ceux que j’ai lus cette année. Pour moi, la lecture est un moyen de voyager, de vivre des émotions, de rêver. De m’immiscer dans d’autres vies par procuration, en quelque sorte. Voici les livres qui m’ont, en 2020, le plus émue, touchée, marquée. Je vous épargne une énième paraphrase du résumé officiel de chaque livre (pour ça, vous cliquerez sur les liens) mais préfère partager avec vous les impressions que m’ont laissées ces lectures.

Photo : Henry Jee
Les Sangs, d’Audrée Wilhelmy

Il est des livres dont on aimerait ne jamais sortir. Dont chaque page est un délice qui donne envie de lire plus vite pour découvrir ce que recèle la suivante, mais aussi plus lentement, afin de savourer le plaisir des mots si joliment alignés. Les Sangs en fait partie. Ingénieux et mystérieux à la fois, j’ai été épatée par la structure extrêmement élaborée de ce récit à plusieurs voix. De l’érotisme, de l’ennui, de la manipulation, de la fascination, du dégoût. Chacun des personnages y apporte un point de vue, tous convergent vers un même but. Pour couronner le tout, petit détail que je suis obligée de relever : les descriptions des tenues m’ont fait rêver du début à la fin.

« Le jupon de toile laisse entrevoir des jarretelles brunes ; les chevilles d’oiseau disparaissent sous des jambières de laine foncée qui tombent par-dessus les sabots. La robe est bleue, usée, ample, retenue à la taille par un ruban fuchsia ; la manche glisse sur l’épaule, dévoile la dentelle rose thé des dessous. »

Des pulsions, des tourments, ce livre a été un régal d’ogre tout en finesse.

Ciao Amore, d’Helena Noguerra

Parfois, je découvre un auteur ou une autrice et c’est comme un déclic : il faut absolument que je me procure ses livres immédiatement. J’ai découvert Helena Noguerra dans un des épisodes de La Poudre, le podcast de Lauren Bastide. Les réflexions de cette artiste aux talents très variés, son humour, son intelligence et son originalité m’ont laissée béante d’admiration du début à la fin de l’écoute. J’ai donc commandé son dernier roman, Ciao Amore, aussi vite que j’ai pu. Et je n’ai pas été déçue, je l’ai dévoré le sourire aux lèvres et même parfois une petite larme à l’œil.

« En voiture, Simone ! », cria-t-elle en décapotant son cabriolet. […] Elle aimait follement conduire sa « petite pépée vintage », une Mercedez Benz cabriolet bleu pétrole de 1958.

De Paris à la Côte d’Azur, je n’ai pas décroché une seconde du périple de Cléophée, surprenante héroïne du roman, accompagnée de Ferdinand, un inconnu croisé dans la rue et qu’elle a décidé d’aimer, comme ça, sur un pari avec elle-même. Piquante, touchante, je crois que je suis moi-même tombée un petit peu amoureuse de cette jeune femme aux idées fantasques.

– Adieu, petit poison.
– Mais Ferdinand, je viens avec toi !
– Non, toi, tu restes ici. Moi, je prends ce bateau et toi tu prendras le prochain.
– Je ne comprends pas.
– C’est ici que nos chemins se séparent.
– Il faut d’abord s’aimer pour se séparer.
– Tais-toi petite fille, c’est moi qui donne les ordres à présent. Tu m’as fatigué, Cléo, je ne veux plus te voir, jamais, comprends-tu ?
– Jamais ? demanda Cléophée.
– Jamais, confirma Ferdinand. C’est fini.

À Paris au printemps ça sent la merde et le lilas, de Régine Deforges

Avec toute l’admiration que je voue à Régine Deforges, me plonger dans ce récit autobiographique a été un pur régal. J’avais lu À Paris au printemps il y a quelques années déjà. Dans le contexte actuel de ce printemps 2020, j’ai eu envie de relire ce livre à travers lequel l’autrice raconte son année 1968. Alors jeune éditrice, elle se bat pour publier de la littérature érotique, faisant face à une censure implacable qui l’emmènera plusieurs fois au Quai des Orfèvres. Son récit est une longue errance à travers les rues de Paris, teintée de mélancolie et de poésie, non sans une touche d’humour. Désenchantée, Deforges est toutefois animée d’un acharnement sans fin, dans un combat en avance sur son temps.

J’entrai à la Sorbonne qui venait d’être proclamée « commune libre », alors que Nanterre devenait « faculté autonome ». C’était la première fois que j’y mettais les pieds. Il me faut bien avouer que j’étais intimidée de me retrouver dans ce « Temple du Savoir ». Les étudiants étaient assis sur les marches du grand escalier, fumant, riant, s’interpellant. […] C’était beau, ridicule, sublime, ces jeunes qui essayaient de se faire entendre. Les vieux aussi : d’un balcon, Jean-Paul Sartre s’égosillait. Edgar Morin regardait ce joyeux désordre d’un faux air assoupi, écrivant que « 1968 était une extase de l’Histoire, épanouie dans la joie et la spontanéité ».

J’ai été bercée à travers les flâneries de l’écrivaine, amenant de nombreuses réflexions sur l’Histoire, la littérature, et les révolutions.

La tour d’amour, de Rachilde

Une fois que je déambulais dans les rayons bien remplis d’une toute petite librairie s’étant trouvée sur mon chemin, j’ai demandé à tout hasard à la libraire si elle pouvait me conseiller un roman. Elle m’a tendu La tour d’amour. La quatrième de couverture était vide et ce que m’en a dit la libraire m’a intriguée. Je suis repartie avec le livre. J’y ai découvert avec enchantement l’histoire d’un jeune homme qui vient d’être engagé comme gardien du phare breton d’Ar-Men, à la fin du 19ème siècle. Lors de la lecture, on ressent le vent qui gronde et les vagues menaçantes. On est absorbé dans cet isolement absolu qu’implique la garde d’un phare.

On comprenait facilement l’ordre de la marine exigeant qu’on gardât des vivres pour cinq mois. J’eus l’idée imbécile d’enlever un carreau du vitrage : je reçus trente-six gifles salées, et il me fallut toute ma poigne pour repousser le carreau dans son ressort. […] Le phare, à feux fixes, était construit à trois étages de mèches, et chaque secteur représentait bien toutes les flammes réunies d’un lustre de Noël. Plus tard, les ingénieurs devaient le mettre électrique ; dans l’instant, il était à l’huile minérale comme toutes les bonnes lampes de cuisine.

Au rythme des marées, c’est tout un monde de mystères et de légendes qui s’ouvre. La folie qui s’empare de la solitude. Un imaginaire qui sombre dans l’irrationnel. Une fascination glauque qui m’a saisie aux tripes.

Des bleus à l’âme, de Françoise Sagan

Je lis toujours avec une certaine délectation les récits intemporels de Françoise Sagan, et quand je ne sais plus lequel lire, je relis encore et encore Bonjour Tristesse. Qu’ils soient bons ou mauvais, ses personnages ont en commun qu’ils sont attachants. J’ai à chaque fois l’impression que l’écrivaine nous transmet une certaine tendresse à leur égard. Dans Des bleus à l’âme, la considération des deux héros est agrémentée d’un élément un peu différent. En effet, l’autrice nous livre, entre deux passages, son jeu à elle avec les protagonistes. Au fil du récit, on a même l’impression qu’elle se fait elle-même parfois un peu dépasser par leurs réactions. Comme si ses personnages dérivaient hors de son contrôle.

« Je commence à tout mélanger, Éléonore et moi, et sa vie et la mienne, et c’est normal puisque c’est mon propos, comme le verra le fidèle lecteur s’il parvient au bout de ce texte bizarroïde. Je laisse donc Éléonore, les genoux un peu tremblants dans cette cabine téléphonique, accrochée au cou d’un garçon qu’elle connaît à peine et dont elle apprécie l’impulsivité. Elle va dormir avec lui très vite, maintenant qu’elle sait son poids, son odeur, son souffle. »

J’ai vraiment beaucoup apprécié l’écriture brillante de cette double histoire, celle de Sébastien et Éléonore, et celle de l’autrice qui joue avec eux tout en se faisant parfois surprendre. Et puis, comme toujours dans les récits de Sagan, j’adore le côté théâtral que prennent les tourments des personnages.

J’espère avoir su vous donner envie de lire l’un ou l’autre de ces livres. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me faire part de vos impressions à vous dans les commentaires ci-dessous – ne soyez pas timides ! Enfin, je vous souhaite une belle année 2021, qu’elle soit riche d’émotions et de poésie.

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