Juillet 2021 – La jolie ménagère de 1890, deuxième partie et obstacles

Fin avril, je vous racontais le début de mon projet de reconstitution d’une tenue de dessous de 1890 (si vous n’avez pas lu l’article, c’est par ici). À ce moment-là, je venais de terminer la première toile de test du corset Pretty Housemaid, et je pensais pouvoir écrire un article en juin pour vous conter la suite de l’aventure, accompagné d’une photo du corset fièrement porté. Hélas, tout ne se passe pas toujours tout se passe rarement comme prévu dans le monde de la création.

Il est toujours plus gratifiant de parler de ses réussites en montrant le résultat final dans toute sa splendeur, que de parler des échecs rencontrés lors du processus. J’ai fait face à quelques obstacles qui, cette fois, m’ont un peu découragée, je dois l’admettre. Je n’ai cependant pas l’intention de lâcher ce corset, alors je vais quand même écrire un article pour vous raconter où j’en suis et les difficultés rencontrées. Et puis, je vous présenterai aussi mon avancement dans la combinaison toute en dentelles que je prépare pour porter sous le corset. Car à l’époque, un corset ne se portait jamais à même la peau. Explications en seconde partie de cet article…

Le énième prototype en construction, sous les regards bienveillants d’Albertine et Édouardine (mes deux mannequins).

En mai, j’ai réalisé une deuxième toile du corset Pretty Housemaid, la première nécessitant quelques petites modifications afin d’être adaptée à mes mesures. Pas grand chose, il semblait, puisque mon tour de taille était très proche de celui du corset original. Puis en juin, troisième toile. Resserrer légèrement par ici, élargir un peu par là, afin que le corset suive mes courbes. Sauf que, particulièrement en corseterie, il arrive que de petites modifications, en apparence anodines, fassent apparaître des plis. Épouser harmonieusement les creux et reliefs du corps peut s’avérer délicat, l’idée étant d’atteindre ce but à l’aide d’un patron adéquat – et non à l’aide d’une quantité de baleines bien rigides ! Les baleines servent à maintenir la structure du corset, la silhouette donnée par le corset est obtenue par la forme des pièces de tissu.

Le pli sous la poitrine est lié au fait qu’il n’y a aucune baleine. Il disparaît ensuite avec le cordé, qui donne de la tenue au corset. En revanche, le pli sur la hanche est dû au patronage.

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, sur laquelle j’essaie l’une des toiles, le fait d’avoir élargi le tour de hanche a fait apparaître ce vilain pli, que le cordé ou des baleines ne suffisent pas à lisser. Ce patron fonctionne bien sur une morphologie avec une courbe légère entre la taille et la hanche, mais le fait d’avoir dû allonger la bande latérale pour l’adapter à mes hanches ne fonctionne pas bien et va me demander de plus amples altérations du patron.

En principe, il est réjouissant de voir le vêtement prendre forme et s’améliorer au gré des modifications. Chaque toile se rapproche du but, et l’excitation me gagne petit à petit de pouvoir bientôt réaliser la version finale dans de beaux tissus. Mais parfois, je me sens découragée de refaire plusieurs fois de suite le même modèle en ayant l’impression de m’éloigner du but à chaque altération. D’autant plus que mon esprit grouille d’autres projets qu’il me tarde de commencer… Je vais donc laisser ce corset de côté quelques temps, afin de prendre un peu de recul. Je m’y remettrai avec les idées plus claires et, je l’espère, un nouvel élan.

Une toile d’un autre corset historique, que j’avais réalisé l’année passée et dont le patron m’avait donné pas mal de fil à retordre.

En parallèle, je travaille (entre autres) sur la reproduction d’une combinaison datant de la même époque, à porter sous le corset. Les femmes ne revêtaient jamais de corset à même la peau : elles portaient généralement des dessous en coton ou en lin. Ces derniers étaient non seulement facilement lavables, mais aussi confortables pour la peau. Le plus souvent, ils étaient constitués d’une chemise et d’une longue culotte bouffante. La culotte était fendue, non seulement pour des raisons pratiques, mais aussi pour des raisons d’hygiène : eh oui ! jusqu’au 20ème siècle, l’aération de nos parties intimes était considérée comme hygiénique (et ne l’est-elle pas effectivement plus qu’un string serré en polyester ? Vous ne me le ferez pas dire !)

Combinaison datant de 1890-1900, au Met Museum à New-York.

Dès la fin du 19ème siècle, on trouve des combinaisons, c’est-à-dire le haut et le bas réunis en une pièce. L’exemple ci-dessus montre une pièce du Met Museum, qui est assez célèbre dans le milieu du costume historique. Il n’existe pas de patron tout prêt, alors j’ai suivi des conseils glanés sur Foundations Revealed, une plateforme d’échange et d’apprentissage sur les costumes historiques allant du 17ème au milieu du 20ème siècles, me dirigeant vers une méthode de patronage du début du 20ème siècle, afin de réaliser un patron à mes mesures ayant la coupe de l’époque. Internet a ses avantages, j’ai pu utiliser le livre Clothing for Women de Laura Irene Baldt disponible en pdf.

À gauche, un extrait des instructions du livre « Clothing for Women – selection, design, construction – a practical manual for school and home » que j’ai utilisé pour mon patron, à droite, avec ses modifications au gré des toiles.

Après avoir tracé mon propre patron pour le haut, puis pour le bas, j’ai pu monter une première toile afin de, comme pour le corset, procéder à des ajustements. À la troisième toile, je suis satisfaite.

À gauche, essayage d’une toile pour tester mon patron. Au milieu et à droite, quelques inspirations de combinaisons d’époque.

Bien entendu, je n’ai pas gaspillé de dentelle pour la toile, qui est réalisée en draps de lit recyclés. Je vais maintenant pouvoir monter la version définitive avec un voile de coton très fin, et surtout, beaucoup, BEAUCOUP de dentelle ! Trouver de la dentelle qui me satisfasse et puisse convenir pour ce genre de confection n’a pas été une mince affaire, d’autant plus que j’ai calculé une quinzaine de mètres au total.

La plupart des dentelles que l’on trouve dans le commerce sont synthétiques, grossièrement tissées et épaisses. Pas vraiment idéal, donc, pour une combinaison légère, fine et en matériaux naturels, comme c’était le cas à l’époque. Je possède moi-même quelques dessous historiques datant de la même époque, et je suis toujours épatée par la délicatesse des dentelles et la finesse des coutures, pourtant solides et durables. J’avais donc envie de quelque chose qui ne fasse pas trop moderne et se rapproche de la dentelle ancienne. Ne trouvant rien à Lausanne, je me suis finalement résignée à commander outre-Manche de la dentelle artisanale de coton. Et je n’en suis pas déçue, j’ai hâte de coudre tout ça ensemble.

Mes 15 mètres de dentelle, prêts pour la combinaison Belle Époque.

J’espère que je ne vous ennuie pas en vous racontant l’avancée de ce projet (probablement que si c’était le cas, vous ne seriez pas arrivé.e si loin dans l’article !) Je trouvais important de montrer aussi qu’un projet réussi cache bien souvent de nombreux échecs rencontrés en cours de route. Il n’y a pas de miracle, il y a surtout beaucoup de travail et de patience, et parfois aussi, des étapes de découragement. Ces étapes peuvent être plus ou moins longues, mais à chaque fois, elles me font progresser et comprendre un tas de nouvelles choses.

N’hésitez pas à me faire part de vos retours dans les commentaires en dessous de l’article, et merci à celles et ceux qui m’ont laissé un petit mot dans mon dernier article, qui parlait de féminisme et de corsets !

One Reply to “Juillet 2021 – La jolie ménagère de 1890, deuxième partie et obstacles”

  1. A partir de là, interdiction de gagner ou perdre un gramme… 😉
    Ça avance, plus lentement que tu ne le pensais, mais ça avance, et sans faire de concessions sur l’essentiel. J’ai toujours du plaisir à suivre l’avancement de tes travaux et me réjouis de voir le résultat!
    Jean-Claude

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