Mai 2018 – Rendez-vous à Paris avec une « hoopeuse »

Lors de mon dernier passage à Paris, j’ai participé à un événement peu commun: un rassemblement de « hoopers »! Rendez-v’HOOP est un week-end annuel organisé par l’artiste française, Lila Chupa-Hoops. Des ateliers de hula hoop, une soirée gala, le tout avec une soixantaine de hoopers venus de partout, un chouette programme pour ce week-end ensoleillé à Paris.

Depuis longtemps admiratrice du jeu de cerceaux de Lila et fascinée par ses numéros de hula hoop qui varient de l’effeuillage burlesque au cirque, en passant par les registres les plus originaux, j’ai profité de l’occasion pour satisfaire ma curiosité et lui poser quelques questions sur sa passion de « hoopeuse », qui est aussi son métier.

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Lila Chupa-Hoops.

Lulu Wite: Y a-t-il eu un élément particulier qui t’ait donné envie de commencer le hoop, un truc que tu as vu et tu t’es dit « C’est ça que je veux faire! » ?

Lila Chupa-Hoops: C’était en 2010, je suis allée à un festival du type Burning Man en Espagne,  qui s’appelle le Nowhere festival. J’ai vu une fille qui faisait du hula hoop, comme ça, pour le fun. J’ai trouvé ça trop beau et j’ai été hypnotisée! Alors j’ai fait un workshop pour débutants, là-bas, et je me suis acheté un cerceau. Cela a été le point de départ.

LW: Mais est-ce que tu la connais cette fille? Tu as pu lui dire qu’elle a inspiré une future grande hoopeuse?

Lila: Alors oui! C’est drôle, d’ailleurs, car je l’ai filmée à l’époque, et j’ai encore la vidéo filmée à son insu. Et c’est très marrant car je l’ai revue il y a un ou deux ans en Angleterre, et je lui ai dit que tout ça c’était grâce à elle: c’est devenu une passion chez moi, ça a changé ma vie.

Lila Chupa-Hoops - 2

LW: Le hula hoop est maintenant devenu ton métier, tu te produis sur scène depuis de nombreuses années, tu donnes des cours et organises des workshops. Combien d’heures par jour consacres-tu à l’entraînement du hula hoop?

Lila: Beaucoup moins qu’avant, pas tous les jours, ça c’est sûr. Vivre à Paris dans un petit appartement, ça n’aide pas à faire du hoop chez soi! Je vais dans un espace d’entraînement, et j’essaie de faire une ou deux longues sessions dans la semaine, c’est-à-dire des sessions de trois à cinq heures de hula hoop sur une journée. Quand j’ai commencé, je faisais du hula hoop presque tous les jours, parce que j’apprenais, je faisais ça pour m’amuser, progresser. Maintenant, ce n’est pas que je n’aie plus besoin d’apprendre des nouvelles choses, mais je fais plein d’autres choses.

LW: Et ces autres choses, tu peux nous en parler un peu? Tu es une artiste pluridisciplinaire, on te voit jouer avec du feu, des éventails, etc. Quel est donc ton planning de la semaine?

Lila: Je fais principalement du hula hoop. Après, j’ai des petits plus. La jonglerie, c’est vraiment pour mon plaisir. Les éventails de feu, ça m’arrive de le faire en prestation. Mais dans mon métier je me considère comme 100% cerceaux et lorsque l’on me booke, cela vient d’abord du cerceau. Autour de la discipline du hula hoop, en tant que professionnelle, on porte toutes les casquettes: fabriquer son matériel et ses costumes, gérer son site internet, faire de la comm’, etc. Tous les jours, il y a plein de trucs à faire qui ne sont pas forcément faire du hula hoop. Et puis avec les spectacles, je voyage beaucoup donc je perds vite une journée dans les transports pour y aller, une pour le retour, cela prend souvent trois-quatre jours dans la semaine, un long week-end. Après il reste trois jours, donc si je vais deux jours à l’entraînement, il me reste un jour pour gérer les e-mails et le reste.

LW: À propos d’entraînement je me demandais, quelle est la figure qui t’a posé le plus de difficultés, que tu as trouvée affreuse à apprendre?

Lila: Il y a eu un truc, au début. Faire tourner le hula hoop autour des genoux, c’était horrible. Il faut savoir qu’à l’époque, on avait de très gros cerceaux. Plus gros que les cerceaux fins et légers qu’on a actuellement. J’avais des bleus énormes sur les genoux et je ne comprenais vraiment rien au mouvement. Autour des épaules, j’ai eu le truc tout de suite, en quelques semaines, mais les jambes ça ma pris longtemps, longtemps! Et puis un jour alors que j’étais sur scène, c’était la première scène de ma vie. J’avoue, j’étais un peu… euh voilà, l’alcool m’avait un peu désinhibée (rire), et je free-stylais sur scène complètement dans ma petite bulle, et là, ça a marché. Sur les cuisses, ça tenait, comme une espèce d’extase! Cela m’a marquée car c’était vraiment quelque chose de difficile et douloureux, je pensais que je n’y arriverais pas, et le jour où j’ai eu ce déclic, ça a fait « wouaouh! ». Et maintenant c’est… trop facile!

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Lila présentant son nouveau numéro lors de la soirée gala de Rendez-v’HOOP 2018.

LW: À propos de tes représentations sur scène, lorsqu’on te regarde, il y a quelque chose qui m’impressionne toujours, c’est la précision. Dans chacun de tes mouvements, on a l’impression que tout est tellement maîtrisé. Alors que moi, mon cerceau, il fait ce qu’il veut! Est-ce que tu as des fois peur de perdre tes cerceaux, avant de monter sur scène? Même après tes huit années d’expérience?

Lila: Comme tu as pu le voir hier soir au gala, déjà je tremblais à fond!

LW: Je n’ai rien vu!!! (Moi qui m’inquiète quand mes jambes tremblent un peu sur scène…!)

Lila: C’était dur car au début, j’ai un équilibre sur un pied et je tremblais. En plus il faisait très chaud, j’avais les mains moites. Alors des fois, c’est bête mais on peut rater des trucs « basiques » car ça glisse! J’ai déjà raté une weave en faisant glisser mon cerceau car j’avais les mains moites! On ne rate pas forcément les trucs difficiles. Des fois c’est vrai que ça nous énerve de rater des choses faciles. Mais l’important c’est de ne pas se laisser démonter. Comme tu as pu le voir hier soir, le public est tolérant. Si le cerceau tombe, c’est que c’est difficile! Alors en général on a le soutien du public. J’ai déjà fait tomber mes cerceaux tellement de fois, donc je ne perds pas mes moyens et je m’adapte.

LW: Et quelle est ta pire expérience sur scène? As-tu déjà vraiment raté quelque chose?

Lila: Honnêtement, des cerceaux qui tombent, des trucs ratés, envoyer des cerceaux dans la tête des gens, balancer mon cerceau de feu sur un stand… enfin bref, on ne va pas parler de cette dernière histoire (rires!) Pour moi le pire, ce n’est pas de faire tomber ou rater quelque chose. La pire expérience que j’ai eue dernièrement, c’était de jouer dans un club et le public n’en avait absolument rien à battre. Les gens étaient à moitié sur scène avec leurs verres, dès que mon cerceau passait près d’eux cela les énervait presque. Ça n’était pas un vrai numéro, j’improvisais sur de la musique. Et finalement, je me suis dit « Je me casse! » Il était tard, deux-trois heures du matin, les gens étaient bourrés. Pour moi c’est ça, le pire souvenir. Ce moment où tu te dis « je n’ai même pas envie de rester ». Je préfère faire de la scène où les gens viennent pour voir un spectacle. J’ai envie de transmettre quelque chose, une personnalité, une émotion.

LW: Et dis moi, combien est-ce que tu possèdes de cerceaux chez toi?

Lila: Une centaine.

LW: Mais tu as un garage spécial pour stocker tout ça?

Lila: Il y en a dans la cave, sous mon lit, derrière les portes. J’utilise beaucoup de cerceaux pour les cours, pour les adultes et les enfants, et j’ai mes cerceaux de spectacle: plusieurs sets de différentes couleurs, les cerceaux de feu, les cerceaux lumineux, j’ai un paquet de trente cerceaux pour un final. Alors forcément ça paraît beaucoup, mais ils ont tous des fonctions particulières.

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Lila avec beaucoup de cerceaux!

LW: Et lorsque tu as un nouveau cerceau, toi aussi tu as envie de dormir avec?

Lila: Je n’ai jamais été obsédée par mes cerceaux. Je sais qu’il y a des gens qui leur donnent des noms! Pour moi c’est un bout de plastique. Au début je les fabriquais moi-même, je les vendais, j’échangeais les couleurs en enlevant et en remettant du tape. Je n’ai pas d’attachement particulier à mes cerceaux.

LW: Et donc tu dis que tu fabriquais toi-même tes cerceaux? Est-ce toujours le cas ou tu les achètes?

Lila: Non, maintenant quand j’ai besoin de nouveaux cerceaux je passe par mon sponsor, HOOPSPIN.

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Lila donnant son workshop.

LW: Enfin, une dernière question, au sujet de Rendez-v’HOOP. Qu’est-ce que cela t’apporte personnellement d’organiser un tel événement? Quels sont tes objectifs?

Lila: C’est la cinquième édition, et je pense que j’ai envie de continuer surtout pour les autres, moi je n’en profite pas énormément. Financièrement, ça reste de l’associatif. J’en profite dans le sens où ça me permet de voir et rassembler plein de gens. Le hula hoop est devenu un business pour moi, alors on fait des fois les choses de plus en plus par intérêt. Mais Rendez-v’HOOP me permet de garder le côté communautaire. Tout ce qui a été payé par les participants est remis dans la location des lieux et pour les professeurs. C’est un peu mon cadeau que j’ai envie d’offrir à la communauté des hoopers. Et pour la suite, j’ai envie d’explorer peut-être un autre lieu, un autre format. Bien sûr ça prend énormément de temps, donc je dois aussi voir par rapport à ma propre carrière, mes envies, mes voyages

LW: Eh bien merci beaucoup Lila pour ce beau cadeau (et les courbatures qui vont avec!) ainsi que pour ton partage!

LW

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