Avril 2021 – La jolie ménagère de 1890 – Première partie

Depuis quelques mois, je suis obsédée par un corset particulier, qui date de 1890 et est plutôt célèbre dans le milieu de la corseterie. Je dis particulier, mais ce modèle présente en réalité plusieurs caractéristiques typiques de la fin du 19ème siècle. Et si j’écris enfin cet article, c’est parce que ça y est : je me suis lancée dans le reproduction du « Pretty Housemaid Corset« , autrement dit, le corset pour la jolie ménagère. Je ne sais pas encore combien il y aura d’articles sur ce projet, tout comme je ne sais pas exactement où me mènera la re-création de ce fameux corset. Dans cette première partie, j’ai envie de vous raconter un peu l’histoire de ce corset, et puis bien sûr, de vous montrer un aperçu de mon travail en cours.

Photo du célèbre « Pretty Housemaid Corset »¹

Ce fameux modèle, donc, c’était le best-seller de son époque au Royaume-Uni. Vendu comme étant le « strongest and cheapest corset ever made » par la compagnie Symington, il a été conçu pour être à la fois résistant, confortable, et vendu à un prix abordable pour les différentes classes de la population. Son nom de corset pour une « jolie ménagère » avait pour but d’atteindre une clientèle nombreuse, soit les personnes travaillant dans des activités ménagères, qui constituaient la majorité des femmes de l’époque et avaient, de surcroît, des moyens financiers peu élevés.

D’un point de vue technique, ce corset a la particularité de contenir beaucoup de cordé. Des cordelettes sont insérées entre deux pans de tissu, jouant en quelque sorte un rôle similaire aux baleines. Le cordé procure un maintien léger mais efficace à la structure du corset, ce qui le rend souple à porter. Ce sous-vêtement offrait donc un confort et un maintien du dos et de la poitrine permettant aux femmes d’effectuer leur travail sans entraver leurs mouvements². Cette technique était souvent appliquée en corseterie au 19ème siècle. Je n’avais encore jamais utilisé de cordé, c’était donc l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques de couture, et puis de pouvoir tester le résultat moi-même.

Parmi les deux ou trois bibles de la corseterie, le livre de Jill Salen¹ propose des reproductions de patrons de corsets historiques. L’un d’eux est justement le Pretty Housemaid. Il se trouve que son tour de taille avait l’air de correspondre pas trop mal au mien. Il faudra tout de même faire des adaptations, afin d’ajuster ce patron à mes proportions. En général, dans la confection de vêtements, on crée d’abord une toile, c’est-à-dire un prototype cousu dans un tissu bon marché. La toile permet d’essayer le vêtement, de faire les ajustements nécessaires directement sur la personne, puis d’éventuellement refaire une nouvelle toile, jusqu’à obtenir un résultat parfaitement adapté à la personne qui le portera. On peut alors coudre le vêtement final avec un beau tissu et toutes les jolies finitions.

Comme j’inaugurais plusieurs techniques nouvelles pour moi, j’ai décidé de monter la première toile en poussant les finitions le plus loin possible. Je me suis dit que c’était aussi l’occasion de tester un corset « tel quel », avant d’avoir fait la moindre adaptation par rapport au corset réel de l’époque. Voici quelques photos de la construction de cette première toile.

Chaque panneau est préparé avant l’assemblage.
Le génie des corsets victoriens : il n’y a que deux baleines par côté, et pourtant, les formes sont très marquées, grâce à un patronage ingénieux et un maintien assuré par le cordé.
Ici, on aperçoit les morceaux de ficelle de chanvre du cordé entre les deux couches de tissu.

Le cordé, ce sont de longues coutures, une à une, en insérant à chaque fois un bout de corde entre les deux tissus. C’était long, j’ai été hypnotisée par le pied de ma machine à coudre, mais dieu que le résultat est satisfaisant ! Cela donne une structure vraiment agréable au tissu. J’ai été surprise très positivement par le rendu. Alors je vous avoue, j’y ai pris goût.

Les longues coutures du cordé

Vous vous demandez comment la compagnie Symington parvenait à vendre des corsets requérant l’utilisation de cette technique fastidieuse à un bon prix ? Eh bien, l’industrie du corset étant florissante au 19ème siècle, on avait des machines qui le faisaient plus rapidement. Les entreprises pouvaient même acheter des pans de tissus déjà cordés industriellement.

La toile étant terminée, j’ai pu passer à un premier essayage… avec beaucoup de suspens. Il est malheureusement difficile de prendre de bonnes photos de soi-même, et puis la première toile n’est jamais aboutie. Je vais donc vous laisser patienter avant de voir le corset porté. Mais je peux déjà vous dire que j’ai été très satisfaite de ce premier essayage. Qu’est-ce que ce corset est confortable ! (Si, si !) Je n’aurai rien à modifier à l’avant, j’ai été surprise de voir que la poitrine était déjà parfaitement ajustée. Ce qui est plutôt rare, car les morphologies varient beaucoup d’une personne à l’autre, notamment à la poitrine. J’aurai en revanche quelques modifications à effectuer au dos du corset. Des plis apparaissent dans le creux de la taille, sur l’arrière des hanches. Il va falloir modifier le patron jusqu’à obtenir un résultat (le plus) parfaitement lisse (possible). Afin d’avoir l’avis des expert.e.s du costume historique, je me suis adressée à la communauté de Foundations Revealed. J’apprécie énormément les échanges et l’entraide qu’elle offre, cette plateforme est une source inestimable d’informations sur ce sujet de niche. J’y apprends énormément de choses passionnantes sur les techniques historiques et l’histoire de la fabrication des vêtements.

Alors, c’est parti pour une deuxième toile, et je vous dis à bientôt pour vous présenter l’avancée de ce projet. Si vous aussi vous êtes fasciné.e par l’histoire des corsets, de la mode, ou si vous avez des questions, ou remarques autour du sujet, n’hésitez pas à me laisser un petit mot dans les commentaires ci-dessous (pas besoin de vous inscrire !)

¹Corsets – Historical patterns and techniques, Jill Salen, édition Batsford
²Quiconque a déjà porté un corset de ce type et fait à ses mesures pourra le confirmer !

One Reply to “Avril 2021 – La jolie ménagère de 1890 – Première partie”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s