L’été passé, j’ai eu la chance de suivre une masterclass en ligne avec le corsetier nord-américain Alexander Chesebro. Au programme du cours : recréer de A à Z un corset historique datant des années 1870. Suite au cours, j’ai pris du temps pour réaliser toutes les étapes de mon corset, jusqu’à le terminer cet hiver puis le prendre (enfin !) en photo lors d’un shooting au Millers cet été. C’est ce long processus que je vais présenter dans cet article.

Le corset original date de la fin des années 1870 et appartient au Boston Museum of Fine Arts. Alexander Chesebro a eu l’occasion de l’examiner sur place, afin d’en relever le patron et d’étudier les différentes techniques utilisées pour sa construction, qu’il nous a transmises durant le cours. La photo ci-dessus est une reproduction qu’il a faite.
Adapter un patron historique
Lors de la reconstitution d’une tenue d’époque, l’un des enjeux majeurs est la coupe, autrement dit, la forme des pièces de tissus qui, une fois assemblées, donneront la silhouette appropriée. Le corset original a été prévu aux mesures de la personne qui l’a porté à l’époque, il faut donc commencer par adapter ces mesures tout en gardant la coupe de référence. C’est toujours un défi et j’adore cette étape, très mathématique, qui consiste à naviguer entre les espaces en 2D du patron à plat et en 3D du corps avec ses courbes. Jusque là, j’avançais beaucoup à tâtonnements. Ce cours m’a permis de comprendre un bon nombre de choses et de faire d’immenses progrès.


La construction du corset
Ce qui est fascinant dans l’étude des corsets du 19ème jusqu’au début du 20ème siècle, c’est que ces vêtements sont bourrés d’ingéniosité. Comme les femmes portent un corset au quotidien à cette époque, et ce quels que soient les types d’activités qu’elles exercent, elles ont développé un tas de techniques pour optimiser leur confort.
L’un des rôles du corset est de soutenir la poitrine. Deux techniques sont utilisées dans le corset Fenway pour augmenter le maintien, que l’on peut voir sur la photo ci-dessous. Les goussets sont renforcés grâce au cordé, qui était assez courant tout au long du 19ème siècle et que je détaillais dans un précédent article. La deuxième technique utilisée ici est moins courante, il s’agit d’un renforcement du bord supérieur, au niveau des seins, grâce à une bande de tissu et une série de surpiqûres qui apportent un maintien très stable.

Un élément important constitutif du corset est le baleinage. À l’époque, les baleines sont très fines et fabriquées à partir de fibres tirées des fanons de baleines. D’où leur nom. Les fanons sont composés de kératine, ce matériaux a comme propriétés de s’assouplir et de garder la forme qu’on lui donne avec la chaleur et l’humidité (comme nos cheveux). Un corset va donc s’assouplir lorsqu’on le porte, avec un effet mémoire de forme.
Aujourd’hui, même si le nom de baleine est resté, on ne produit plus de baleines dans ce matériau (heureusement !) On trouve en revanche des baleines synthétiques spéciales fabriquées dans un matériau dont les propriétés sont proches de celles des baleines du 19ème siècle.

Le corset Fenway contient un grand nombre de baleines. La plupart des corsets de cette période en avait beaucoup moins. J’ai d’ailleurs testé mon prototype avec moins d’un tiers des baleines et, la coupe étant tellement ingénieuse, cela aurait pu suffire. J’ai tout de même choisi de mettre autant de baleines que dans le corset original, car je trouve l’effet visuel très élégant. Et puis j’apprécie le confort procuré lorsque les baleines sont nombreuses et se forment à ma morphologie.


Ci-dessus, les photos montrent le corset terminé, l’extérieur en coutil noir satiné de coton, doublé d’une toile de coton écru. L’original était en soie – le mien est un peu plus modeste car j’ai fait avec ce que j’avais dans mon atelier.
La dernière étape est celle des broderies. Ces décorations très répandues sur les corsets de la seconde moitié du 19ème siècle ont, en plus de l’embellissement, une fonction pratique : elles protègent les extrémités des baleines de l’usure. Je suis tombée plusieurs fois sur des corsets noirs brodés de jaune et datant de cette même époque. Je ne sais pas dans quelle mesure ces couleurs ont été à la mode, en tous les cas ce choix est plausible historiquement et j’aime bien l’effet surprenant de ces couleurs – pas du tout dans la tendance actuelle !


Pour compléter la tenue de dessous
À l’époque, le corset se porte sur une chemise de lin ou de coton, jamais à même la peau. J’en possède une pièce historique, dont les quelques traces d’usure et de raccommodages indiquent que le vêtement a dû être beaucoup porté. Son excellent état et sa solidité témoignent de la qualité inégalable des confections de l’époque. Malheureusement cette chemise est trop grande pour moi (eh oui ! les grandes tailles existaient à l’époque ! Dingue comme on arrive à invisibiliser les femmes grosses même d’il y a 150 ans.) Je me suis inspirée de ce modèle pour m’en confectionner une similaire, à mes mesures.



J’ai profité des restes de tissu et de dentelles que j’avais utilisés pour ma combinaison 1910, pour ne pas avoir à acheter de nouveau matériel. J’apprécie toujours autant les insertions de dentelles, c’était un plaisir de m’y remettre.



Le résultat
Enfin, voici quelques photos sur lesquelles je porte mon corset Fenway et ma chemise. Les photos ont été prises par Jean-Claude Péclet, dans le merveilleux cadre du théâtre The Millers à Zürich. Si vous voulez voir plus de photos de ce shooting, je les publierai prochainement sur mon autre site internet, consacré spécifiquement aux photographies, Le Monde de Lulu Wite, ainsi que sur ma page Instagram.







Bonjour et bravo Lulu.
Voilà un travail qui a dû te prendre bien du temps et de la patience. Comment trouves tu le temps pour faire tout cela.
Sincères admirations. Geneviève. Anzin
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Bonjour Geneviève,
Merci pour ton mot ! En vérité, j’aimerais avoir beaucoup plus de temps pour de tels projets. Je n’en ai jamais assez… Enfin, c’est un problème que tu dois connaître 😉
J’espère que de ton côté tu as toujours du temps pour créer tes magnifiques dentelles !
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